Bien que les mariages interraciaux soient de plus en plus acceptés par les blancs, un nombre surprenant d’hommes asiatiques et de femmes noires s’y opposent farouchement. Pourquoi ?
Publié le 14 juillet 1997 dans National Review.
Il y a seulement trois décennies, Thurgood Marshall était à quelques mois de sa nomination à la Cour suprême lorsqu’il a subi une humiliation qui, aujourd’hui, semble aussi scandaleuse qu’incompréhensible. Lui et sa femme avaient trouvé la maison de leurs rêves dans une banlieue de Washington DC, mais ils ne pouvaient pas légalement vivre ensemble dans cet État : il était noir et elle était asiatique. Heureusement pour les Marshall, en janvier 1967, la Cour suprême a aboli les lois interdisant les mariages interraciaux en Virginie et dans 18 autres États. Et en 1967, ces lois n’étaient pas de simples vestiges d’une époque révolue. Deux ans auparavant, au sommet de la révolution des droits civiques, un sondage Gallup a révélé que 72 % des blancs du Sud et 42 % des blancs du Nord souhaitaient toujours interdire les mariages interraciaux.
Tournons-nous maintenant vers le présent et prenons l’exemple d’un autre couple noir-asiatique : le lieutenant-colonel à la retraite des Forces spéciales, Eldrick Woods Sr., et sa femme, Kultida, née en Thaïlande. Ce n’est pas la police qui les harcèle mais plutôt les journalistes désireux d’écrire davantage d’articles élogieux sur la manière dont ils ont élevé leur fils, Tiger. La popularité immense du jeune Tiger Woods et l’hommage rendu à ses parents témoignent de l’évolution de l’attitude des Américains blancs à l’égard de ce qu’ils dénonçaient autrefois comme de la “miscégénation”. En fait, l’ascendance métissée de Tiger (en plus d’être noir et thaïlandais, il est également chinois, blanc et amérindien) n’est pas seulement tolérée par les amateurs de golf. Certains y voient un symbole de ce que l’Amérique pourrait devenir à une époque post-raciale.
Les mariages interraciaux sont en augmentation constante. Des recensements de 1960 aux recensements de 1990, le nombre de couples blancs-asiatiques ont été multiplié par dix, tandis que le nombre de couples noirs-blancs a quadruplé. Les raisons sont évidentes : une plus grande intégration et le déclin du racisme blanc. Plus subtilement, les mariages interraciaux sont de plus en plus reconnus comme incarnant ce que notre société valorise le plus dans un mariage : le triomphe du véritable amour sur l’usage et la précaution. Il n’est pas surprenant que les mariages blancs-asiatiques soient plus nombreux que les mariages noirs-blancs : la distance sociale entre les blancs et les asiatiques est aujourd’hui bien moindre que celle entre les noirs et les blancs. Ce qui est fascinant, cependant, c’est que ces dernières années, un nombre alarmant de personnes non-blanches, en particulier d’h. asiatiques et de f. noires, ont frontalement remis en cause les mariages interraciaux.
Il est douloureux d’aborder ce sujet avec honnêteté, c’est pourquoi personne ne le fait. Néanmoins, il est important, car les mariages interraciaux sont un indicateur clé de ce à quoi ressemblera la vie dans le XXIe siècle, qui sera encore plus diversifié et intégré. Les mariages interraciaux montrent que l’intégration peut engendrer des conflits raciaux imprévus en mettant en évidence les différences persistantes entre les races.
Par exemple, l’une des erreurs les plus graves que Marcia Clark a commises en poursuivant O.J. Simpson a été de permettre à Johnny Cochran de constituer le jury de femmes noires. En tant que féministe, Mme Clark a présumé avec arrogance que toutes les jurées féminines s’identifieraient à Nicole Simpson. Elle a ignoré les recherches préliminaires indiquant que les femmes noires avaient tendance à considérer Nicole comme une “ennemie”, une de ces belles blondes qui volent aux hommes noirs mariés à leurs promises noires, et qui méritent ce qui leur arrivent.
Le cœur du problème pour les h. asiatiques et les f. noires est que les mariages interraciaux ne traitent pas toutes les combinaisons sur un pied d’égalité en fonction de la race : en moyenne, ils ont offert aux h. noirs et aux f. asiatiques de nouvelles opportunités de trouver des partenaires parmi les blancs, tout en exposant les hommes asiatiques et les femmes noires à une nouvelle concurrence de la part des blancs. Dans le recensement de 1990, 72 % des couples noirs-blancs étaient composés d’un mari noir et d’une f. blanche. À l’inverse, les couples blancs-asiatiques présentaient l’inverse : 72 % étaient composés d’un mari blanc et d’une f. asiatique.
Les relations sexuelles hors-mariage sont moins contraintes par les considérations familiales et les aspects pratiques à long-terme, et semblent présenter des déséquilibres encore plus prononcés. Une étude américaine de 1992, portant sur 3 432 personnes, et qui constitue une source d’information aussi fiable que peu fréquente dans ce domaine, a révélé qu’un nombre dix fois supérieur de femmes blanches célibataires, par rapport aux hommes blancs célibataires, déclaraient que leur dernier partenaire sexuel était noir.
Peu de blancs comprennent l’impact croissant de ces disparités dans les mariages interraciaux sur les minorités. Une des raisons est que l’effet sur les blancs a été compensé. Par exemple, bien que les femmes blanches qui cherchent un mari fassent face à une concurrence accrue de la part des femmes asiatiques, elles ont également un accès accru aux hommes noirs. De plus, le grand nombre de personnes dilue l’effet sur les blancs. En 1990, 1,46 million de femmes asiatiques étaient mariées, contre seulement 1,26 million d’hommes asiatiques. Ce déficit net de 200 000 époux blancs vers les mariages avec des femmes asiatiques est trop faible pour être remarqué par les 75 millions de femmes blanches, sauf à Los Angeles et dans quelques autres villes avec une forte population asiatique et un taux élevé de mariages mixtes. Cependant, ce déficit de 200 000 épouses asiatiques laisse un grand nombre de célibataires asiatiques frustrés.
Le ressentiment des femmes noires envers les mariages mixtes est désormais un sujet récurrent dans les émissions de télévision, les films à succès comme “Waiting to Exhale” et les articles de magazines. La romancière noire Bebe Moore Campbell a décrit les réactions qu’elle et ses amies ont eues en voyant un acteur noir entrer dans un restaurant avec une femme blonde : “D’une seule voix nous avons geint, grogné, et levé les yeux au ciel… Puis nous avons toutes secoué la tête en déplorant, pour la millième fois, la perfidie des hommes noirs, et en maudissant les femmes blanches qui osaient ‘prendre nos hommes’”. Comme la plupart des hommes, les asiatiques sont réticents à admettre leurs frustrations en matière d’amour. Cependant, la colère vis-à-vis des mariages mixtes se ressent sur les forums de discussion en ligne fréquentés par les jeunes asiatiques. Ces hommes, qui présentent une concentration de célibataires grincheux encore plus élevée que la moyenne sur Internet, accusent les femmes de racisme pour avoir fréquenté des hommes blancs. Par exemple, “Cette disparité est une manifestation d’une conspiration silencieuse de la société blanche raciste et des femmes asiatiques qui se détestent, visant à provoquer le génocide des Américains d’origine asiatique”. Les femmes rétorquent que les hommes sont racistes et sexistes de s’en offusquer. Le seul point d’accord est que les stéréotypes véhiculés par les médias et/ou le manque de confiance en soi doivent, d’une manière ou d’une autre, en être la cause.
Examinons d’autres aspects des mariages mixtes et la manière dont ils violent les théories sociologiques conventionnelles.
1— On s’attendrait généralement à ce qu’un plus grand nombre de femmes noires que d’hommes noirs se marient avec des blancs, car un nombre beaucoup plus important de femmes noires sont en contact quotidien avec des blancs. Tout d’abord, parmi les noirs âgés de 20 à 39 ans, il y a environ 10 % de femmes de plus que d’hommes. De plus, un dixième de ces hommes noirs sont littéralement exclus du marché matrimonial en raison de leur incarcération, et peut-être deux fois plus sont en liberté surveillée ou conditionnelle. Ainsi, chez les noirs, il peut y avoir près de 14 jeunes femmes pour 10 jeunes hommes libres et sans démêlés avec la justice. En outre, les femmes noires sont beaucoup plus nombreuses que les hommes noirs dans les universités (80 % des étudiants en troisième cycle), dans le tertiaire et dans d’autres espaces où les membres de la bourgeoisie, qu’ils soient noirs ou blancs, rencontrent leurs partenaires.
2— Un conseil plus pragmatique serait le suivant : comme il y a tellement d’hommes asiatiques et de femmes noires célibataires, ils devraient trouver du réconfort à leur solitude en se mariant entre eux. Pourtant, quand avez-vous vu pour la dernière fois un tel couple ? Les couples h. noir / f. asiatique sont encore peu communs, mais les couples h. asiatique / f. noire sont incomparablement plus rares.
Des schémas similaires apparaissent dans d’autres contextes :
3a— Au sein des différentes races : les hommes noirs ont tendance à courtiser le plus souvent les femmes noires à la peau claire et aux longs cheveux (par exemple, dans “School Daze” de Spike Lee). Cependant, les femmes noires ne préfèrent généralement pas les hommes à la peau claire.
3b— Dans d’autres pays : en Grande-Bretagne, 40 % des hommes noirs sont mariés ou vivent avec une femme blanche, contre seulement 21 % de femmes noires mariées ou vivant avec un homme blanc.
3c— Dans l’art : “Madame Butterfly”, une tragédie h. blanc / f. asiatique, attire le public depuis un siècle, et a récemment été remaniée sous le nom de “Miss Saigon”. Le plus grand récit h. noir / f. blanche, “Othello”, est un succès constant, tant dans les versions de Shakespeare que de Verdi. (Pour reprendre une formule de Karl Marx : le théâtre se répète toujours, d’abord comme une tragédie, puis comme un opéra, et enfin comme une farce, comme on peut le constater avec le récent succès de “O.J., The Moor of Brentwood”). Peut-être que Shakespeare savait quelque chose de la nature humaine : James Earl Jones, le plus grand interprète d’Othello aux États-Unis, est tombé amoureux et a épousé deux fois l’actrice blanche qui jouait avec lui le rôle de Desdémone.
4— La révolution des droits civiques a rendu les équilibres entre hommes et femmes dans les mariages interraciaux encore plus inégaux. En 1960, les h. blancs représentaient 50 % des mariages mixtes avec des noires (contre seulement 28 % en 1990), et seulement 62 % des mariages mixtes avec des asiatiques (contre 72 % en 1990). Pourquoi ? En raison de la discrimination, à l’égard des h. noirs et des f. asiatiques. Dans le Sud, pendant l’ère Jim Crow, les h. noirs souhaitant fréquenter des f. blanches subissaient des pressions allant des regards désapprobateurs aux lynchages. En revanche, le relativement grand nombre de couples h. asiatique / f. blanche en 1960 était un vestige des lois sur l’immigration asiatique qui avaient empêché les femmes, en particulier les f. chinoises, de rejoindre les populations immigrantes, donc majoritairement masculines. Jusqu’en 1930, les Américains d’origine chinoise étaient à 80 % des hommes. Ainsi, le nombre limité de chinois ayant trouvé des femmes au milieu du XXe siècle comprenait une fraction relativement élevée de f. blanches. En d’autres termes, à mesure que la discrimination juridique et sociale s’est estompé, les inégalités naturelles se sont affirmées.
5— La séparation des h. noirs et des f. blanches était le but principal des lois Jim Crow. Une étude pionnière de Gunnar Myrdal en 1944 a révélé que les blancs du Sud comprenaient généralement que la ségrégation nuisait à leur propre succès économique, mais qu’ils estimaient que c’était le prix à payer pour rendre les hommes noirs moins attrayants pour les f. blanches. Dans la mesure où le racisme des blancs persiste, il devrait limiter le nombre de couples h. noir / f. blanche.
Étant donné que ces disparités dans les mariages interraciaux sont si éloignées des attentes traditionnelles, quelles en sont les causes ? La réaction privilégiée des milieux universitaires et des médias a été de faire abstraction totale de ces déséquilibres entre hommes et femmes. Lorsqu’on a traité ce sujet controversé, c’était avec des idées parcellaires n’expliquant qu’un seul aspect du problème, en non en considérant l’ensemble complexe des dynamiques des mariages entre noirs et blancs, et entre blancs et asiatiques. Par exemple, un professeur japonais-américain de poésie du Minnesota a écrit abondamment sur ses difficultés sexuelles avec les femmes blanches. Il attribue ces problèmes à l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. On peut supposer qu’une frustration semblable chez les hommes sino-américains n’est qu’une coïncidence due, par exemple, à la défaite de la Chine lors de la guerre de l’opium. Quant aux problèmes des hommes vietnamiens, ils seraient liés à la victoire du Vietnam. Cependant, ces explications fragmentaires sont moins attrayantes qu’une théorie susceptible d’expliquer l’ensemble des faits.
Le schéma général à expliquer est le suivant : les noirs sont plus recherchés comme époux que comme épouses, et inversement pour les asiatiques. La question est de savoir ce qui explique cette situation.
Les explications sociologiques habituelles concernant les mariages (par exemple, la disponibilité, la classe sociale et l’approbation sociale) ne s’appliquent jamais simultanément aux noirs et aux asiatiques. Ce n’est pas surprenant étant donné que ces facteurs de compatibilité sociale influencent le nombre total de mariages mixtes (noirs-blancs ou blancs-asiatiques) davantage que les proportions hommes-femmes au sein de ces mariages.
En insistant sur la manière dont la société nous encourage à épouser des personnes semblables à nous, les sociologues ont une image biaisée de la situation : par définition, l’attraction hétérosexuelle repose sur la différenciation sexuelle. Bien qu’Henry Higgins et le colonel Pickering soient tellement compatibles qu’ils entonnent une chanson à ce sujet (“Pourquoi une femme ne peut-elle pas être plus comme un homme?”), Higgins tombe amoureux d’Eliza Doolittle. Les contraires s’attirent. Et certaines associations raciales et sexuelles semblent plus opposées que d’autres. La force qui détermine ces proportions inégales entre hommes et femmes semble être constituée par les différences perçues en matière d’attractivité sexuelle. En moyenne, les hommes noirs semblent légèrement plus masculins que les hommes blancs, tandis que les hommes asiatiques semblent légèrement moins masculins. De même, les femmes asiatiques sont généralement perçues comme légèrement plus féminines que les femmes blanches, tandis que les femmes noires sont perçues comme légèrement moins féminines.
Il est évident que ce sont là des généralisations raciales grossières. Personne ne croit que Michael Jackson pourrait battre le champion d’arts martiaux Jackie Chan, ou que la comédienne Margaret Cho est plus belle que la mannequin Tyra Banks. Mais la vie est un jeu de probabilités, et non d’idées platoniciennes abstraites.
Qu’est-ce qui fait donc que les noirs semblent plus masculins et les asiatiques plus féminins ? Les stéréotypes véhiculés par les médias sont parfois invoqués. La télévision montre constamment des hommes noirs réalisant des dunks spectaculaires, tandis qu’il semble que la seule façon pour un homme asiatique d’être remarqué est de découvrir un remède contre le SIDA. Essayez de zapper entre les chaînes pour voir des femmes issues de minorités. Vous verrez des femmes noires danser, chanter, plaisanter et séduire. Si, au contraire, vous voyez une femme asiatique, elle sera probablement présentatrice météo – un rôle peu attrayant.
L’opinion courante évoque parfois le conditionnement social. Mais si cela peut être plausible pour les noirs nés en Amérique, qui proviennent d’une culture relativement homogène, c’est un contresens vis-à-vis des cultures diverses dans lesquelles les asiatiques sont élevés. Comparez les Coréens et les Philippins, les réfugiés cambodgiens et les Américains d’origine japonaise de cinquième génération. Il n’est pas évident qu’ils aient beaucoup en commun, à part le fait que, en Occident, leurs femmes sont plus demandées comme épouses que leurs hommes.
Une explication culturelle raisonnable de l’attractivité sexuelle des hommes noirs aujourd’hui est l’hyper-masculinisation de la vie noire au cours des dernières décennies. Pour illustrer un aspect positif de cette tendance, si vous avez regardé les Jeux Olympiques à la télévision depuis les années 1960, vous avez vu les célébrations de victoire des sprinteurs évoluer d’exercices de retenue jusqu’à des orgies de poings, de provocations et de machisme noir. Cette démonstration de masculinité chez les noirs pourrait être en partie une réaction tardive à la longue campagne menée par les hommes blancs du Sud pour présenter les seconds comme des “hommes” et les premiers comme des “garçons”. Mais n’allons pas si vite en besogne. Pourquoi les blancs du Sud ont-ils tant cherché à dénigrer la virilité noire ? Comme nous l’avons vu, la principale raison était d’empêcher les hommes noirs de concevoir avec les femmes blanches.
Alors, tous les blancs racistes d’il y a un siècle ont-ils fait de la ségrégation des minorités et de leurs femmes leur priorité absolue ? Non. Comme mentionné précédemment, les lois sur l’immigration asiatique ont empêché les femmes asiatiques d’entrer dans le pays, ce qui a contraint de nombreux hommes immigrés asiatiques à rechercher des partenaires parmi les femmes blanches (avec un succès mitigé). Bien que les hommes blancs n’aient certainement pas apprécié cet effet secondaire, cela semblait un compromis acceptable, car ils craignaient davantage les immigrants asiatiques comme concurrents économiques que comme partenaires sexuels. Mais pourquoi les blancs ont-ils historiquement craint davantage les attraits masculins des noirs que ceux des asiatiques ? Se poser cette question montre que le conditionnement social est en fin de compte une explication superficielle des différences entre les peuples. Certes, la société socialise les individus, mais qu’est-ce qui socialise la société ?
Il n’y a que trois causes fondamentales pour la multitude d’aspects dont les groupes diffèrent. La première est insatisfaisante mais indéniablement importante : les aléas fortuits de l’histoire. La seconde, la favorite de Thomas Sowell et Jared Diamond, repose sur les différences géographiques et de climatiques. La troisième est la biodiversité humaine. [Après réflexion, je réalise que la biodiversité humaine est elle-même fondamentalement le produit des deux causes précédentes, mais il peut être utile de la considérer comme une cause distincte]. Examinons trois différences physiques entre les races.
1— Les hommes asiatiques ont tendance à être plus petits que leurs homologues blancs et noirs. Cela a-t-il de l’importance en séduction ? L’un des principaux chercheurs de terrain à s’être penché sur cette question, la légende du basket américain Wilt Chamberlain (2,20 m, 120 kg), affirme que, si l’on en croit son expérience, être grand et fort n’a jamais été un inconvénient. Les anthropologues et biologistes confirment cette observation, ayant constaté que la taille est généralement un atout aux yeux de la plupart des femmes, dans pratiquement toutes les cultures. Comme la plupart des traits physiques, la taille est déterminée par l’interaction entre des facteurs génétiques et sociaux (comme l’alimentation). Par exemple, le lanceur « flamethrower » des Dodgers de Los Angeles [aujourd’hui chez les Mets de New York], Hideo Nomo, mesure 1,87 m, une taille presque inconnue chez les hommes japonais il y a cinquante ans, en raison des régimes alimentaires de quasi-famine qui prévalaient à l’époque. Si l’écart de taille entre japonais et blancs s’est considérablement réduit après la Seconde Guerre Mondiale, cette tendance s’est ralentie ces dernières années en cela que les japonais bien nourris commencent à se heurter au plafond de leur potentiel génétique. De plus, cela peut être une maigre consolation pour l’homme asiatique d'1,70 m, en concurrence avec des hommes blancs et noirs mesurant en moyenne 1,78 m, que d’entendre : « Tes fils grandiront en moyenne de quelques centimères de plus que toi, en supposant, bien entendu, que tu rencontres un jour une fille et que tu aies des enfants. » À l’inverse, prenons l’exemple d’une étudiante asiatique d'1,50 m. Alors qu’elle se contenterait volontiers d’un petit ami mesurant 1,70 m si elle fréquentait une école exclusivement asiatique, à l’Université de Los Angeles, elle trouverait, non sans s’en réjouir, nombre de garçons bien plus grands qu’elle, mais parmi eux rares seraient les asiatiques.
2— Ce principe général – plus il y a d’intégration raciale, plus les différences physiques entre les races deviennent importantes – peut également être observé en ce qui concerne la longueur des cheveux. La capacité à faire pousser de longs cheveux est un indicateur utile de la jeunesse et de la bonne santé (demandez à quiconque suivant une chimiothérapie). Les femmes ne deviennent pas chauves et peuvent généralement faire pousser leurs cheveux plus longtemps que les hommes, de sorte que la plupart des cultures associent les cheveux longs à la féminité. Bien que les cheveux des femmes noires ne poussent pas aussi longtemps que ceux des femmes blanches ou asiatiques, ce n’est pas un problème pour les femmes noires dans les sociétés uniquement composées de noirs. Cependant, après l’intégration, les cheveux deviennent souvent une préoccupation majeure pour les femmes noires qui concourent avec des femmes d’autres races ayant des cheveux plus longs. Alors que les intellectuels des départements d’études noires dénoncent les “normes de beauté eurocentriques”, la plupart des femmes noires réagissent de manière plus pragmatique. Elles essaient de surpasser les femmes blanches en se procurant des cheveux longs directement à la source : le Wall Street Journal a récemment fait état de la forte croissance du marché fournissant aux femmes afro-américaines des “postiches” et des “extensions” provenant de femmes chinoises ayant des cheveux exceptionnellement longs.
3— La musculature peut être le facteur le plus distinctif entre les races en termes d’attractivité sexuelle. Les femmes apprécient les hommes qui sont plus forts qu’elles, tandis que les hommes apprécient les femmes qui sont plus rondes et douces. La fin de la ségrégation dans le sport a rendu plus difficile d’ignorer les différences de musculature entre les races. Bien que le 100 mètres masculin soit l’une des compétitions les plus populaires au monde, lors des quatre derniers Jeux olympiques, les 32 finalistes étaient tous des hommes noirs d’origine ouest-africaine. La musculature peut-elle être quantifiée ? Covert Bailey, expert en remise en forme de PBS, a constaté qu’il devait recommander des objectifs différents – en termes de pourcentage de masse grasse – à ses clients de différentes races. L’objectif standard pour les hommes noirs adultes est de 12 % de masse grasse, contre 18 % pour les hommes asiatiques. Les objectifs pour les femmes sont de 7 points plus élevés que pour les hommes de la même race. Pour les couples interraciaux, les “différences entre les sexes” en matière d’objectifs de masse grasse présentent une corrélation étonnante avec les proportions homme-femme observées dans le recensement de 1990. L’objectif pour les hommes noirs (12 %) est de 10 points inférieur à celui des femmes blanches (22 %), tandis que l’objectif pour les hommes blancs (15 %) n’est que de 4 points inférieur à celui des femmes noires (19 %). Ce rapport de 10:4 est presque identique au rapport de 72:28 observé dans le recensement. Cette corrélation est tout aussi forte pour les couples blancs-asiatiques. Apparemment, les hommes recherchent des femmes qui les aident à se sentir plus masculins, et inversement pour les femmes.
Comprendre l’impact des différences raciales d’origine génétique sur la société américaine est essentiel pour quiconque souhaite appréhender notre société de plus en plus complexe. Par exemple, le sentiment de trahison ressenti par certains hommes asiatiques est tout à fait compréhensible. Après tout, ils ont tendance à dépasser la moyenne nationale dans ces qualités durables – assiduité, maîtrise de soi, respect des lois – que la société enseignait autrefois aux jeunes femmes pour qu’elles les recherchent chez un époux. Cependant, maintenant que la discrimination a finalement diminué au point que les hommes asiatiques peuvent espérer être récompensés pour l’adoption des normes traditionnelles de masculinité américaine, notre culture a largement perdu intérêt pour inculquer ces qualités aux jeunes femmes.
Les frustrations des hommes asiatiques sont un signal d’alarme. Lorsque, au nom de la liberté et du féminisme, les jeunes femmes écoutent moins les conseils précieux des femmes plus âgées sur la façon de choisir le bon partenaire, elles écoutent davantage leurs hormones. Cela permet à des critères plus rudimentaires de la valeur d’un homme – comme la taille de ses muscles – de retrouver une importance. Le résultat n’est pas une utopie féministe, mais une société dans laquelle les hommes dotés de certaines qualités peuvent plus facilement se permettre d’adopter des comportements inappropriés.
“Il faut un effort constant pour voir ce qui se trouve sous notre nez” avait observé Orwell. Nous ne pouvons plus nous permettre que notre politique publique soit dictée par des philosophies à la mode qui se plient en quatre pour ignorer l’évidence. Les réalités du mariage interraciale, comme celles du sport professionnel, montrent que la diversité et l’intégration se révèlent, en pratique, être fatales à l’hypothèse persistante de l’uniformité raciale. Les individus courageux qui entament des unions interraciales ont surmonté les anciennes hostilités. Cependant, ils ont découvert non pas le paysage uniforme de l’égalité absolue qu’avaient prédit les progressistes, mais un paysage riche de dynamiques raciales fascinantes. Les intellectuels devraient cesser de craindre les preuves croissantes de la biodiversité humaine et commencer à s’en réjouire.